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Martin Bertrand

LES VISAGES DU MEKONG #2 - LE SURSIS DES NEUF DRAGONS (DELTA DU MEKONG, VIETNAM)

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EXPOSITION À LA GALERIE DE L'ALLIANCE FRANCAISE DE SINGAPOUR JUSQU'AU 9 FÉVRIER

CONFÉRENCE / PROJECTION AU CENTRE CULTUREL BOUDDHIQUE DE RENNES LE SAMEDI 9 MARS

CONFÉRENCE / PROJECTION À LA GALERIE FOTOFINISH À AMSTERDAM LE JEUDI 11 AVRIL

SÉLECTIONNÉ POUR LA SESSION #4 À BRUXELLES DU PRIX MENTOR 2019

EXPOSITION À DINAN DU 2 JUILLET AU 31 AOUT
VERNISSAGE LE JEUDI 4 JUILLET


Situé à l'extrême Sud du Vietnam, le Delta du Mékong est la région où le Mekong finit sa course en se jetant dans la Mer de Chine. Le Mekong est appelé par les vietnamiens « Fleuves Neuf Dragons » car il s'y divise en neuf fleuves formant ainsi un Delta. On y dénombre actuellement 18 millions d'habitants, soit 20% de la population du pays.

S'agissant d'une ancienne colonie française, la Cochinchine, ce territoire est connu dans la culture occidentale. C'est ici que grandit l'écrivaine Marguerite Duras et que se déroulent deux de ses romans d'inspiration autobiographique : Un barrage contre le Pacifique et L'Amant, Prix Goncourt de 1984, se déroulant dans la ville de Sa Dec.
Cette période de l'histoire est désormais pleinement révolue et l'imaginaire colonial n'est présent que pour attirer les touristes. 

Aujourd'hui, dans ce nouveau Vietnam qui ne connait pas de crise économique, le Delta du Mekong est d'une grande importance économique. 
Ces 50 000 km2 de plaines alluviales sont un vrai labyrinthe aquatique avec un vaste réseau de rivières et canaux. L'eau y est omniprésente. 
Le fleuve et ses affluents irriguent la terre et les bateaux parcourent les canaux pour transporter les diverses denrées. Fertilité et prospérité qualifient la région depuis des siècles. Seuls les infrastructures, notamment routières, sont encore à développer. On y assure 40% de la production alimentaire du pays et 25% du PIB, ce qui lui donne une importance mondiale grâce aux exportations de riz, fruits, poissons et crustacés.
La région est également un réel trésor de biodiversité. La faune et la flore y sont très riches avec de nombreux parcs naturels. Plantes, reptiles, poissons, mammifères perdurent au sein d'écosystèmes uniques.


Or, ce territoire est désormais l'un des plus fragiles de la planète, notamment à cause de sa sensibilité au réchauffement climatique.
Même si les estimations divergent, le constat est clair : il y a urgence. Une grande moitié des terres du delta est à moins d'un mètre au dessus du niveau de la mer et celui-ci devrait monter de un à deux mètres durant les prochaines décennies. Cela signifierait qu'une partie de la région devrait sombrer sous les eaux. Dans le Sud du delta, il suffit de s'éloigner des villes et de se rapprocher de la côte pour s'apercevoir que l'océan a déjà commencé à prendre le dessus sur la terre.

Le réchauffement climatique entraine aussi une accentuation des phénomènes météorologiques. Pendant la saison sèche, l'aridité est accrue avec un impact direct sur l'agriculture. A la saison des pluies, les inondations sont de plus en plus dévastatrices allant jusqu'à parfois causer des morts.

Les nombreux barrages hydroélectriques que construisent les pays en amont, notamment la Chine et le Laos, sont également responsables des nombreux maux du territoire. Le débit du fleuve étant ralenti, l'eau salée s'infiltre jusqu'à plus d'une centaine de kilomètres dans le delta et celle-ci n'est pas propice à l'irrigation des cultures, à la différence de l'eau douce. De plus, ces barrages causent une diminution drastique des sédiments qui arrivent en aval du fleuve. L'absence de ces sédiments nécessaires à l'agriculture cause également l'érosion des terres. Les rives du fleuve s'écroulent, emportant avec elles arbres et maisons.

Les barrages ne sont pas les seuls responsables de ces scènes mélancoliques. 
De nombreux dragages de sable sont effectués dans le lit du fleuve pour produire le béton nécessaire au développement frénétique des mégapoles de la péninsule indochinoise telles que Ho-Chi-Minh Ville, Bangkok ou encore Phnom Penh. Sur ce continent, l'expansion de ces métropoles se fait au dépend des zones rurales. 
A plus petite échelle, dans le Delta du Mekong, c'est également le cas. Les grandes villes telles que Can Tho et Rach Gia ayant un rôle de carrefour commercial et culturel jouissent d'une certaine prospérité. Dans les campagnes, les habitants sont de plus en plus nombreux à connaître des difficultés pour vivre de leurs cultures et pour conserver un habitat viable. Cela entraine un exode rural qui accroit les besoins en sable et en électricité nécessitant plus d'extraction et de barrages hydroélectriques. 
Un cercle vicieux qui représente bien les paradoxes du développement au sein de la péninsule indochinoise.

Pour pallier ces problèmes, le Vietnam a pris différentes initiatives telles que le stockage d'eau douce ou la construction de digues mais ces mesures sont très couteuses et peinent à être efficaces sur le long terme.


Bien qu'étant plus élevés dans le Delta du Mekong que dans les régions voisines, les déplacements de populations y restent modérés car la migration vers les zones urbaines est considérée comme un phénomène mondial. 
Par ailleurs, devant ces constats, les experts prédisent une crise alimentaire et migratoire de grande ampleur, sûrement l'une des plus conséquentes de notre siècle.




Cette série est le second chapitre d'un grand projet intitulé LES VISAGES DU MEKONG.
Avec comme fil conducteur le mythique fleuve Mekong et ses nombreuses ressources, il s'agit d'une grande mise en perspectives des enjeux géo-environnementaux liés au développement dans la péninsule indochinoise (Vietnam, Cambodge, Laos, Thailande).


Lien vers le premier chapitre consacré à Ho-Chi-Minh Ville (Vietnam)
Lien vers le troisième chapitre consacré à Phnom Penh (Cambodge)
Lien vers le quatrième chapitre consacré au Tonle Sap (Cambodge)
Lien vers le cinquième chapitre consacré aux 4000 îles (Laos)
Lien vers le sixième chapitre consacré à Vientiane (Laos)
Lien vers le septième chapitre consacré à Luang Prabang (Laos)
Lien vers le huitième chapitre consacré à Bangkok (Thaïlande)

Located in the far south of Vietnam, the Mekong Delta is the region where the Mekong River ends its journey by flowing into the China Sea. The Mekong is called by the Vietnamese "Nine Dragon Rivers" because it is divided into nine rivers forming a Delta. There are currently 18 million inhabitants, or 20% of the country's population.

As it is a former French colony, Cochinchina, this territory is known in Western culture. It is here that the writer Marguerite Duras grew up and two of her autobiographically inspired novels take place: Un barrage contre le Pacifique and L'Amant, Prix Goncourt de 1984, set in the city of Sa Dec.
This period of history is now fully over and the colonial imagination is only there to attract tourists. 

Today, in this new Vietnam, which is not experiencing an economic crisis, the Mekong Delta is of great economic importance. 
These 50,000 km2 of alluvial plains are a real aquatic labyrinth with a vast network of rivers and canals. Water is omnipresent there. 
The river and its tributaries irrigate the land and boats travel through the canals to transport various commodities. Fertility and prosperity have characterized the region for centuries. Only infrastructure, particularly road infrastructure, still needs to be developed. It accounts for 40% of the country's food production and 25% of its GDP, which gives it global importance thanks to exports of rice, fruit, fish and shellfish.
The region is also a real treasure of biodiversity. The fauna and flora are very rich with many natural parks. Plants, reptiles, fish and mammals persist in unique ecosystems.


However, this territory is now one of the most fragile on the planet, particularly because of its sensitivity to global warming.
Even if the estimates differ, the observation is clear: there is an urgency. A large half of the delta's land area is less than one metre above sea level and is expected to rise by one to two metres over the next few decades. This would mean that part of the region would have to sink under water. In the southern part of the delta, you just have to move away from the cities and get closer to the coast to realize that the ocean has already begun to take over the land.

Global warming is also leading to an increase in weather phenomena. During the dry season, aridity is increased with a direct impact on agriculture. During the rainy season, floods are increasingly devastating and sometimes even cause deaths.

The many hydroelectric dams being built by upstream countries, including China and Laos, are also responsible for the territory's many ills. As the river's flow slows, salt water infiltrates more than 100 kilometres into the delta and is not conducive to crop irrigation, unlike fresh water. In addition, these dams cause a drastic decrease in the sediments that arrive downstream of the river. The absence of these sediments necessary for agriculture also causes soil erosion. The banks of the river crumbled, carrying trees and houses with them.

The roadblocks are not the only ones responsible for these melancholic scenes. 
Many sand dredges are carried out in the riverbed to produce the concrete necessary for the frenetic development of the megacities of the Indochinese peninsula such as Ho-Chi-Minh City, Bangkok or Phnom Penh. On this continent, the expansion of these metropolises is at the expense of rural areas. 
On a smaller scale, in the Mekong Delta, this is also the case. Large cities such as Can Tho and Rach Gia, which have a role as a commercial and cultural hub, enjoy a certain prosperity. In the countryside, more and more people are experiencing difficulties in making a living from their crops and in maintaining a viable habitat. This leads to a rural exodus that increases sand and electricity needs requiring more extraction and hydroelectric dams. 
A vicious circle that represents the paradoxes of development within the Indochinese peninsula.

To overcome these problems, Vietnam has taken various initiatives such as fresh water storage or the construction of dikes, but these measures are very costly and are struggling to be effective in the long term.


Although higher in the Mekong Delta than in neighbouring regions, population movements remain moderate because migration to urban areas is considered a global phenomenon. 
In addition, in the face of these findings, experts predict a large-scale food and migration crisis, surely one of the most significant of our century.



This series is the second chapter of a major project called MEKONG'S FACES.
With the mythical Mekong River and its many resources as its common thread, it is a great opportunity to put into perspective the geo-environmental challenges related to development in the Indochinese peninsula (Vietnam, Cambodia, Laos, Thailand).


Link to the first chapter dedicated to Ho-Chi-Minh City (Vietnam)
Link to the third chapter on Phnom Penh (Cambodia)
Link to the fourth chapter on the Tonle Sap (Cambodia)
Link to the fifth chapter devoted to 4000 Islands (Laos)
Link to the sixth chapter on Vientiane (Laos)