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Pierre Vanneste

DREMMWEL II (Sénégal)

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Série issue du projet documentaire DREMMWEL

La Région Atlantique qui borde les côtes du Sénégal est surnommée "l'or bleu". Ces eaux d'Afrique de l'Ouest font parties des rares zones de pêche encore fertiles dans le monde, faisant vivre de nombreuses communautés de pêcheurs. Elles constituent ainsi la principale ressource pour les activités de transformation traditionnelle de fumage et de séchage, et jouent un rôle essentiel dans le régime alimentaire de la population sénégalaise et de l'Afrique de l'Ouest. Mais cette richesse attire également la convoitise des armements , principalement Chinois et européens, dont la longueur des bateaux dépasse généralement les 100 mètres pour une capacité de capture et de congélation pouvant atteindre jusqu'à 250 tonnes et disposant souvent à bord de capacités de transformation du poisson. En effet, depuis plus d'une dizaine d'années, sous couvert d'accords de pêche, des bateaux chinois et européens s'aventurent dans ces eaux afin d'alimenter leurs marchés respectifs ou d'approvisionner en matières premières des fabriques de farines animales destinées à l'aquaculture ou à l'élevage de volailles. C'est ainsi qu'en 2015, malgré ses promesses, le président Sénégalais Maky Sall signe à nouveau des accords de pêche avec l'Union Européenne pour une durée de 5 ans. Ces accords permettront ainsi à 38 Thonniers, soit l'équivalent de 14 000 tonnes de thons chaque année, et 2 navires pêchant plus de 2000 tonnes de Merlu Noir annuellement, de venir pêcher dans les eaux sénégalaises en échange d'une contre-partie financière de 8,69 millions d'euros.
Face à cette surexploitation, la raréfaction de la ressource halieutique se fait de plus en plus sentir et touche le plus sévèrement les populations locales. Ces dernières doivent ainsi toujours aller plus loin en mer pour trouver du poisson, consommant toujours plus de carburant. De plus, une grande partie de la pêche locale est également exportée par des sociétés européennes ou appartenant à des Européens. Sur le marché, la présence de ces nouveaux acteurs étrangers a fait fortement grimper le prix du poisson. De plus avec le réchauffement climatique et les mauvais hivernage, bon nombres de cultivateurs, de l'intérieur des terres, sont partis vers les côtes afin de trouver une nouvelle source de revenu. Ces derniers se tournent bien souvent vers la pêche, se qui exerce une pression supplémentaire sur la ressource.
C'est ainsi qu'entre 2006 et 2010 de nombreux pêcheurs ont pris la mer pour rejoindre les côtes espagnoles des Îles Canaries afin d'y trouver une vie meilleur-e et d'envoyer de l'argent à leur famille. En réponse à cette immigration, l'agence Frontex a augmenté sa présence dans la zone, poussant les candidats à l'exil à passer par l'Algérie ou le Maroc. A cela, l'Union Européenne décide d'également allouer une aide financière au gouvernement sénégalais afin de dissuader les jeunes de quitter le territoire, et ce, tout en continuant à maintenir le rythme et l'intensité de son activité de pêche industrielle dans la région, sous le regard de centaines d'artisans pêcheurs qui se sentent piller. En dépit des nombreuses interpellations d'organisations locales et internationales, l'UE et la Chine continuent de pêcher dans les eaux d'Afrique de l'Ouest détruisant les ressources des plus petits pêcheurs et mettant en danger la souveraineté alimentaire de toute une région. Ces poissons viendront, bien souvent grossir nos étalages, renforçant l'illusion d'une fausse abondance de nos océans.