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Nicolas Boyer

JAPON - Cent dix-neuf vues sans Mont Fuji

JAPAN - One hundred and nineteen views without Mount Fuji

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Pour cette série réalisée au Japon au printemps 2018 intitulée « Cent dix-neuf vues sans Mont Fuji » en clin d'oeil à Hokusai, j'ai très volontairement joué à flouter les frontières entre reportage & mise en scène car ce pays m'a semblé bien souvent une vaste fiction.

À commencer par celle des rapports sociaux où chacun semble respecter un texte pré-écrit et où le normati- visme forme un code que chacun se doit de jouer au nom de l'harmonie. Comme une partition sociale, pour filer la métaphore mélodique.
Le Japon oscille en permanence entre le hiératisme et la retenue du théâtre Nô & les excès propres aux repré- sentations de kabuki. Et ce grand écart a lieu à chaque instant sur la scène permanente qu'est l'espace public. La vie privée, elle, se joue dans les coulisses et est bien souvent très inaccessible à chacun.

Cela étant, d'autres points de vue peuvent co-exister face à une perception de rapports qui pourraient paraître ancrés dans le marbre. Une amie journaliste qui a vécu 3 ans au Japon me parlait, quant à elle, de sa fascination pour la capacité des Japonais à se réinventer individuellement ou collectivement : « Ils sont dans un «délire» ou une expérience perpétuelle pour repousser les limites de l?existence, tout en étant conscients du fait qu'il ne s'agit que d?une expérimentation, et cela dans pas mal de domaines. » (Vera Kolenissa)

En effet, la notion d'éphémère est très prégnante chez les Japonais pour qui rien n'est appelé à durer, qu'il s'agisse des temples que l'on reconstruit tous les 30-40 ans ou de la fameuse floraison des sakuras (cerisiers) qui dure à peine 15 jours. Aussi pourquoi ne pas prendre la vie du côté du burlesque & de l'expérimentation permanente. Ce qui donne un peuple qui, sans être fataliste, ose des choses que l'on ne considérerait pas dans d'autres contrées - et à commencer par une forte capacité à se moquer de lui-même.
Au final, okachi (bizarre) & kichigaï (fou) sont deux adjectifs que je retiendrai de ce pays à la fois très esthétique et très étrange.

French writer Michel Butor during his first voyage in Japan (1972) saw in "this imaginary country, a magic mirror in which we make appear what we want ». For this series made in Japan during Spring 2018 and that i entitled « One hundred and nineteen views without Mount Fuji" with a hint to Hokusai, I very deliberately played to blur the boundaries between reportage & staged pictures because this country often seemed to me to be a vast fiction.

Starting with the social relations where everyone seems to respect a pre-written text and where normativism forms a code that everyone must play in the name of harmony. Like a social partition, to spin the melodic metaphor.
Japan oscillates permanently between the hieraticism & the restraint of the Noh theater and the excesses proper to Kabuki performances. And this great gap is present at every moment on the permanent stage that the public space constitutes. Privacy & private life however are played behind the scenes and this backstage world is often very inaccessible to everyone, including the Japanese people.

The concept of ephemeral is also very pregnant and nothing is called to last, be that the temples that are rebuilt every 30-40 years or the famous flowering sakuras (cherry trees) that last about two weeks. That may explain why the Japanese people take life on the side of burlesque & permanent experimentation. Those attributes make a people who, without being fatalistic, dares things that one would not consider in other countries - and, to begin with, a strong capacity to make fun of oneself.
It?s of no wonder that the adjective okachi (bizarre) is so omnipresent in the daily life in Japan.