LES RUES DU CAIRE
En soixante ans, la population du Grand Caire a été multipliée par cinq pour dépasser vingt millions d’habitants. La ville a grandi surtout par ses quartiers populaires, bâtis hors plan officiel, souvent sur d’anciennes terres agricoles, où vit aujourd’hui la majorité de ses habitants selon la plupart des estimations. Près d’un tiers des Égyptiens vivent sous le seuil de pauvreté national. Ces dernières années, l’effort public s’est porté ailleurs : nouvelles villes dans le désert, nouvelle capitale administrative, autoroutes et ponts percés à travers des quartiers existants. Entre-temps, la densité reste extrême, l’air chargé, les services saturés.
Ici, des façades abîmées, des gravats, des terrains vagues, de la poussière partout. Un porteur de pain traverse la chaussée, des hommes fument la chicha, un cycliste file devant un pick-up, une femme en fauteuil roulant est assise au bord d’un trottoir. Les personnages sont petits dans de grands espaces, souvent seuls, en train de travailler, d’attendre ou de passer. Ces scènes montrent le vrai Caire populaire, celui du plus grand nombre, où la misère quotidienne croise une énergie vitale.
THE STREETS OF CAIRO
In sixty years, the population of Greater Cairo has grown fivefold to more than twenty million. The city expanded mostly through its working-class neighborhoods, built outside official planning, often on former farmland, where most residents live today according to most estimates. Nearly a third of Egyptians live below the national poverty line. In recent years, public investment has gone elsewhere: new desert cities, a new administrative capital, highways and bridges cut through existing neighborhoods. Meanwhile, density remains extreme, the air heavy, services overstretched.
Here, worn facades, rubble, empty lots, dust everywhere. A bread carrier crosses the road, men smoke shisha, a cyclist rides past a pickup truck, a woman in a wheelchair sits at the edge of a sidewalk. Figures are small in wide spaces, often alone, working, waiting or passing through. These scenes show the real working-class Cairo, that of the majority, where daily hardship meets a vital energy.