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Anaïs Pachabézian

Bienvenue au pays de l'or

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Bienvenue au pays de l'or !
C'est ainsi qu'un panneau signé par une multinationale accueille les voyageurs à l'entrée de Bamako, la capitale du Mali.
Le Mali est le troisième producteur d'or sur le continent africain, après l'Afrique du Sud et le Ghana. Des compagnies étrangères (sud africaines et canadiennes) ont obtenu des permis d'exploitation à grande échelle auprès de l'Etat. Elles extraient plusieurs milliers de tonnes par jour. Et, elles emploient peu de travailleurs locaux qui se retrouvent sur les sites d'orpaillage.
L'orpaillage traditionnel occuperait près de 200 000 personnes en moyenne (voir rapport Human Rights Watch, déc. 2011, p.19) durant l'année au Mali. La région de Kayes, autrefois appelé Bambouk, est connue depuis plusieurs siècles pour sa richesse aurifère. Se retrouvent autour des «placers» (nom qui désigne les sites d'orpaillage), des habitants des localités voisines, en général des paysans mais également des étrangers venus de toute la sous-région. Le travail de l'orpaillage est usant, mais il suscite beaucoup d'espoirs pour nombre de ces « chercheurs d'or ». La sécheresse a, depuis plusieurs années, détourné les paysans de leurs champs au profit de cette activité semblant plus lucrative. « Si on a de la chance, on peut gagner beaucoup en une seule fois ».
Le site proche du village de Soumala, dans la commune de Dialafara est essentiellement fréquenté par des femmes. Elles mènent cette activité, quand elles ne sont ni au champ, ni à effectuer les travaux ménagers. Zone à ciel ouvert, les femmes creusent la terre à mains nues et la nettoient pour récolter quelques paillettes. C'est un travail très fatiguant. Elles le disent toutes. A la fin de la journée, les plus chanceuses vont faire peser les quelques milligrammes de poussières d'or récoltées. En échange, elles gagnent quelques dizaines de francs cfa qui vont servir à payer les besoins du quotidien.
Bétéa, à quelques dizaines de kilomètres de Sitakily est une autre zone d'orpaillage, vaste étendue parsemée d'anciens « trous » qui n'ont pas été rebouchés. Sous un dédale de galerie couverte par des branchages, se trouvent les orpailleurs. Ils sont très nombreux. Les trous creusés à la verticale, sont profonds, plusieurs dizaines de mètres. C'est presque une « exploitation industrielle » de l'orpaillage avec des règles et un fonctionnement bien précis. Les conditions de travail sont rudes, surtout pour ceux qui creusent, au fond des « trous ».
Des conflits latents opposent orpailleurs et industries minières installées dans la région. Ceux-ci emploient d'ailleurs des techniques extrêmes pour déloger les orpailleurs. A l'aide de bulldozer, ils viennent reboucher les « trous ». Une pointe en fer marque le sol des « placers » ainsi rebouchés. Alors, les orpailleurs se déplacent, changent de site.
Un forum sur les questions minières organisé à Sitakily en novembre 2011 par des ressortissants de la région de Kayes, installés en France, a permis aux membres représentants des communes de venir s'exprimer sur les problèmes économiques, humains et environnementaux rencontrés dans la région.

Travail photographique réalisé au rolleiflex entre 2006 et 2011.